Siège de la Banque centrale européenne (BCE) à Francfort
La Banque centrale européenne (BCE) devrait maintenir ses taux d'intérêt inchangés en 2026, selon un sondage réalisé par Reuters auprès d'économistes, même si plus d'un tiers d'entre eux prévoient désormais au moins une hausse cette année pour contrer la flambée inflationniste provoquée par la guerre au Moyen-Orient.
Cette opinion, globalement stable et consensuelle, contraste avec les prévisions des marchés financiers, qui ont radicalement revu leurs prévisions et tablent désormais sur environ trois hausses des coûts d'emprunt d'ici la fin de l'année.
La guerre menée par Israël et les États-Unis contre l'Iran a perturbé la navigation dans le détroit d'Ormuz, un corridor stratégique pour le transport des hydrocarbures, ce qui a entraîné une hausse des prix du pétrole d'environ 40% depuis fin février et contraint les banques centrales à revoir nettement à la hausse leurs prévisions d'inflation.
La BCE a laissé inchangé ses taux lors de sa réunion de la semaine dernière, tout en adoptant un ton légèrement plus restrictif et mettant en garde contre une remontée imminente des prix.
Mercredi, Christine Lagarde a déclaré lors d'une conférence à Francfort qu'un dépassement de l'objectif d'inflation, même s'il n'est pas "trop persistant", pourrait justifier un resserrement "mesuré" de la politique monétaire de la zone euro.
Près des deux tiers des économistes interrogés (38 sur 60) maintiennent leur prévision selon laquelle le taux de dépôt restera à 2% cette année.
Ce chiffre représente toutefois une baisse par rapport aux plus de 90% d'économistes qui partageaient cet avis il y a seulement deux semaines, même s'il reste pratiquement inchangé par rapport aux prévisions du marché.
"Nous avons modifié notre scénario de référence, mais pas dans une optique extrême. Dans ce scénario, d'ici juin, nous considérerons tous que la guerre et le choc des prix de l'énergie sont temporaires, ce qui permettrait à la BCE de maintenir le statu quo", a déclaré Carsten Brzeski, responsable de la recherche macroéconomique chez ING.
"Si tel n'est pas le cas en juin, alors oui, nous devons nous attendre à des hausses des taux", a-til ajouté.
Un peu plus d'un tiers des personnes interrogées (21 sur 60) anticipent désormais au moins une hausse des taux cette année, contre seulement 3 sur 72 dans un sondage publié il y a deux semaines.
Cependant, sur les 18 personnes qui ont anticipé des hausses et fourni des prévisions mensuelles, seules 8 estiment que cette hausse aura lieu lors de la réunion d'avril.
"Les chances pour avril sont extrêmement faibles. On ne peut rien exclure totalement, notamment à cause du président Donald Trump. Mais si je devais donner une estimation, ce serait moins de 5%", a dit Carsten Brzeski.
La plupart des personnes interrogées qui prévoient un relèvement des taux d'intérêt cette année sont partagées entre une et deux hausses.
Certaines prévisions ont été revues à la hausse de 25 à 125 points de base depuis la dernière enquête.
EFFETS DE SECOND TOUR
Les effets de la guerre commencent en outre à se refléter dans les indicateurs économiques : les enquêtes menées auprès des entreprises du secteur privé, publiées mardi, ont révélé que les coûts des intrants ont atteint leur plus haut niveau depuis plusieurs années et que la confiance des consommateurs de la zone euro se situe à son plus bas niveau depuis fin 2023.
"Il s'agit avant tout de maîtriser les anticipations inflationnistes et d'éviter les effets de second tour... Mais les autorités se contenteront du strict minimum nécessaire pour maintenir les anticipations d'inflation proches de l'objectif de 2%", a déclaré Bas van Geffen, stratège macroéconomique senior chez Rabobank.
"Si elles en font davantage, elles risquent de freiner la croissance plus qu'elles ne le souhaitent", dit-il.
Après avoir atteint 1,9% en février, l'inflation de la zone euro devrait désormais se situer en moyenne à 3,0%, 2,8% et 2,8% au cours des trois prochains trimestres, contre 2,3%, 2,1% et 2,1% lors du dernier sondage.
Pour 2026, l'inflation devrait s'établir en moyenne à 2,6%, contre 2,0% précédemment.
Elle ne devrait pas revenir à la cible de la BCE avant le deuxième trimestre 2027.
"Nous entrons lentement dans une situation où le conflit ne se résout pas aussi rapidement que prévu et où le choc énergétique est beaucoup plus prononcé… 2022 n'est pas si loin derrière nous et l'envolée des anticipations d'inflation est, j'en suis sûre, très présente dans la mémoire du Conseil des gouverneurs", souligne Julie Ioffe, chez TD Securities.
Certains économistes affirment cependant que le contexte actuel diffère sensiblement de celui de 2022 et donne à la BCE une plus grande marge de manoeuvre.
"Le point de départ est différent de celui de 2022. En 2022, la BCE a entamé très tardivement sa politique de hausse des taux, partant d'un taux négatif – elle poursuivait encore son programme d'assouplissement quantitatif alors que l'inflation atteignait déjà 5%. C'est comme mettre une allumette dans un réservoir d'essence", dit Fabio Balboni, économiste chez HSBC.
"La situation est différente cette fois-ci, car la BCE a fixé ses taux d'intérêt à des niveaux neutres, met en oeuvre des mesures de resserrement quantitatif depuis deux ans et l'inflation est revenue à 2%. Il se peut que la nécessité d'un resserrement significatif soit moindre qu'en 2022", souligne-t-il.
(Rédigé par Indradip Ghosh ; sondage Jaiganesh Mahesh et Debrah Gomes ; version française Diana Mandia)

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